Soirée de la Fraternité organisée au Mémorial de la Shoah par le Scoutisme Français

Le jeudi 27 février, le collège du Scoutisme Français d’Ile-de-France a organisé une soirée d’échange au Mémorial de la Shoah à l’intention des cheftaines, chefs, responsables et équipiers internationaux de service se rendant en Pologne.


Quel était le but de cette rencontre ?


Pour Olivier Morteveille, membre des Eclaireurs Eclaireuses de France et délégué du Collège SF d’Ile de France, cette soirée fait suite à un flop. En effet, en décembre, ce même Collège avait organisé une soirée à l’intention de tous les adultes membres du Scoutisme Français, afin que les responsables des différents groupes se retrouvent, apprennent à se connaitre et puissent organiser des actions communes. Malheureusement, cette soirée organisée en décembre est tombée pendant les grèves et seulement trois personnes se sont déplacées. Mais qu’à cela ne tienne, à trois on peut quand même faire des choses comme réfléchir à qu’est-ce qui pourrait mieux fonctionner ! Voilà que germe cette idée de cibler plus le public et du fait d’autres contacts, comme par exemple avec le Mémorial de la Shoah. On a rencontré le directeur et le responsable pédagogique du Mémorial en janvier et avec eux on a construit la soirée en prévoyant une visite et un temps de réflexion sur comment parler de la Shoah avec les jeunes et les responsables : comment aborder cela aujourd’hui ? Le lieu et les convives sont trouvés, le thème de la soirée est choisi, tout est réunie pour organiser la soirée !


Pour Jaque Fredj, directeur du Mémorial de la Shoah, les attentes de cette soirée rentrent dans les valeurs du scoutisme. A l’intérieur du scoutisme, et du Scoutisme Français, il y a un bel exemple qui est donné à la société de ce qui nous rapproche. Pour lui, le Scoutisme Français permet de partager ces valeurs de fraternité, de solidarité et puis surtout, le scoutisme nous apprend que l’on peut changer l’Homme et c’est ça qui est fondamental, c’est ce qu’on essaie de faire ici au Mémorial, c’est-à-dire de considérer qu’on est responsable tous des uns et des autres, qu’on est responsable de soi et du monde qu’on façonne ensemble. On est des acteurs de sa propre vie. Le scoutisme est porteur de valeurs qui ont été présentées lors de la soirée. Les scouts, guides, éclaireurs et éclaireuses sont des vecteurs dans la société de ces valeurs car ils s’engagent pour l’environnement, pour la nature, dans la société dans laquelle on vie, pour les autres, pour le partage etc. Le mouvement scout a un dynamisme dans la société qui peut aider à lutter contre l’antisémitisme et toutes les formes de racisme. Aujourd’hui, cela devient, dans le climat actuel, une nécessité. Il ajoute que toutes les forces vives doivent se mobiliser sur ces sujets parce que la situation est un peu compliquée dans notre pays et au-delà de notre pays.


Moura, qui est actuellement chez les Scouts Musulmans de France nous partage ce qui l’a poussée à participer à cette soirée de la Fraternité : « Ce qui m’a conduit à participer à cette soirée, c’est la découverte d’une Histoire, de notre Histoire. Lorsque l’on nous enseigne ces événements, c’est devant un tableau, avec des chiffres, ce n’est pas assez concret, c’est dur de s’imaginer les choses. Visiter une partie de l’exposition présente au Mémorial de la Shoah, permet d’avoir cette vision plus large de ce qu’est la Shoah, c’est vraiment très enrichissant même concernant les jeunes, ça me permettra je l’espère, de transmettre cette histoire plus facilement aux jeunes. »


Comment parler de la Shoah avec les jeunes ?


Olivier explique que c’est très difficile, c’est un sujet douloureux et on ne sait pas comment en parler avec des jeunes. Selon leur âge, on ne va pas en parler de la même manière. Un enfant de 10 ans, parce qu’on en parle parfois à ces enfants dans le cadre scolaire, n’aura pas les mêmes explications que des jeunes qui vont partir au Jamboree qui sont déjà plus âgés. Il y a des choses que l’on dit et il y a des choses que l’on explique qu’ils étudieront plus tard. Donc qu’est-ce qu’on dit ? Comment on le dit ? Ce sont des choses très importantes.

Concernant Moura, une bonne méthode serait de faire des ateliers pédagogiques au sein même du Mémorial de la Shoah. C’est un cadre idéal car on est au cœur même du sujet, il y a tout ce qu’il faut avec l’exposition qui est très riche. Les jeunes seraient très intéressés d’avoir cette vision-là.


Selon une enquête, 25% des moins de 38 ans disent ne pas avoir entendu parler de la Shoah, alors comment cet événement est perçu par la jeune génération ?

Jacques Fredj nous répond : « Alors c’est assez surprenant mais moi je serai tenté de vous dire que je prends la statistique à l’envers. C’est-à-dire qu’il y a 75 % des jeunes qui savent donc c’est déjà pas mal, ça veut dire qu’on a fait du chemin, depuis les années où personne n’était intéressé par ces sujets. Ça veut dire qu’il faut continuer, il faut continuer à l’enseigner, ce n’est pas gagner, ce n’est jamais définitivement gagné. L’éducation de toute façon, vous le savez, quand on est scout, on a une classe d’âge, et puis l’année d’après on a une nouvelle classe d’âge et le travail qu’on a fait, il faut le continuer, le refaire d’une autre manière mais il faut dans tous les cas le poursuivre et c’est ça le travail d’éducation, il ne s’arrête jamais. Moi je pense que, le travail de l’enseignement de l’Histoire et notamment le travail de l’enseignement de l’histoire de la Shoah, n’est pas un vaccin contre tout mais ça peut aider à prendre conscience des dérives de la société et de ce qu’aujourd’hui représente l’antisémitisme dans notre société. C’est ça qu’il faut rappeler aussi. Ce n’est pas avec des grandes leçons de morale qu’on arrivera forcément à convaincre les gens mais en les mettant face à l’Histoire et face à ce que l’Homme a été capable de faire, y compris, sur notre continent, en Europe. Et je pense que c’est cela la vertu de l’enseignement de l’Histoire. Et je crois que ce qu’il y a aussi à la base du racisme et de l’antisémitisme, c’est avant tout l’ignorance, par rapport à la culture de l’autre, par rapport à la religion de l’autre, par rapport à son identité, et c’est en ça que je pense que le Scoutisme Français est une force parce qu’il est tourné vers l’autre et il montre qu’ensemble on est beaucoup plus fort et c’est ça la leçon du message que l’on doit faire passer. »


Quels bilan et suite à cette soirée de la Fraternité ?


Pour Moura, cette soirée lui a permis de voir à quel point il était normal pour certaines personnes de participer à ces actions et de voir à quel point cela a été institutionnalisé, ce qui est fort en émotion. Même si ce sont des choses qu’on apprend en cours, d’y être confronté, notamment avec le nom des personnes victimes de la Shoah inscrites à l’entrée du Mémorial, c’est fort, ce n’est pas quelque chose d’anodin, quelque chose qui arrive dans un livre d’Histoire. Lorsqu’elle s’est inscrite au rassemblement en tant qu’EIS, elle nous a dit ne pas avoir du tout cette vision-là, bien qu’on nous apprenne qu’il y a eu beaucoup de Juifs morts en Pologne.


Pour Olivier, l’attente elle est au moins double, voire multiple. Il y a une attente du Collège du Scoutisme Français qui est de créer une cohésion et c’est souvent l’attente que l’on a lors de ce genre de rencontre. La dernière qui a fonctionnée, on était une petite trentaine, c’était organisé à La Glacière. Là l’objectif, c’est le même, faire se rencontrer des responsables, ils font le même travail dans la même région auprès de jeunes du même âge, et avec la même méthode pédagogique, ils se rencontrent et peuvent aller vers une construction d’activités communes, des camps en commun ou autre.


Pour information, le Mémorial de la Shoah est un centre d’archive, créé en 1943 à Grenoble sous l’impulsion d’un groupe de Français juifs qui ont commencé à collecter des archives sur la déportation et le massacre des Juifs. Le Mémorial collecte un certain nombre de documents toute l’année. Entre 500 000 et 1 million de documents par an. Il accueille des chercheurs et des chercheuses toute l’année. Il est un peu un lieu unique en Europe. C’est quelque chose de très important et qui doit être poursuivi ardemment puisqu’il y a une génération qui est en train de partir et cette génération-là laisse des archives. Leurs enfants ne récupèrent pas forcément ces archives et elles sont peut-être jetées à la poubelle. C’est également un lieu culturel Parisien avec des expositions temporaires, des conférences, des projections de films, des soirées théâtre, musique etc. A la fois sur l’Histoire de la Shoah mais également sur les autres génocides, ce qui est la particularité du Mémorial. Aujourd’hui, cette activité culturelle n’est pas développée simplement à Paris mais dans toute la France avec des expositions qui circulent. Enfin le dernier volet qui est très important dans le contexte que l’on connait, est un volet d’éducation avec à la fois de la formation pour des acteurs de la société française et de l’éducatif vers tous les publiques, et en particulier vers les scolaires. Les activités se déroulent au Mémorial à Paris ou dans des bâtiments du mémorial à Drancy ou à Orléans. Depuis quelques années, le Mémorial a décidé d’aller dans les établissements scolaires pour y faire des activités.

Si tu souhaites également faire visite à ton groupe le Mémorial de la Shoah, n’hésite pas. Ils seront très contents d’accueillir à nouveaux des scouts/guides/éclaireurs/éclaireuses pour faire découvrir le site. Tu peux retrouver toutes les modalités sur leur site : https://billetterie.memorialdelashoah.org/fr/evenements/ateliers-pour-enfants

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